hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            18.09.2022 - Une parodie de participation

18.09.2002 - Une parodie de participation

Depuis quelques jours nous sommes envahis par des avis et des publi-reportages annonçant les élections dans les établissements du réseau de la santé et des services sociaux.  Depuis des lunes et des lunes, tous les gouvernements du Québec que nous avons connus s'entêtent à jouer un scénario bidon de pseudo-participation.

"Monsieur ou Madame Tout-l'Monde" est  invité à présenter sa candidature pour siéger au conseil d'administration de leur CLSC, de leur CHSLD, de leur CH, de leur CRPDI, etc...  Selon les humeurs du temps, il y a 2 ou 3 ou 4 postes réservés à la population.  Cette année nous allouons 5 postes à la population : inflation du libéralisme participatif. Ces cinq personnes, une fois élues ou désignées par acclamation dans la très grande majorité des cas, avec plus ou moins dix autres valeureuses personnes auront à donner des orientations (?) et à administrer l'établissement concerné.  Ce processus se répète àa tous les trois ou quatre ans.

Or une première constatation historique est le faible taux de la participation à cette mise en scène.  Faible taux de participation étant ici un euphémisme, nous devrions plutôt parler d'un taux nul de participation.  À la grandeur du Québec, lors de la dernière consultation, le taux de participation a atteint tout au plus 1%.  À l'avant-dernière consultation, le taux frisait ½ de 1%.  Ce taux vaut lorsqu'il y a des élections, mais dans la très grande majorité  des établissements, il faut réquisitionner des candidatures pour s'assurer le nombre requis.

Nous décrions les élections municipales qui attirent plus ou moins 50% de l'électorat.  Nous trouvons scandaleux le taux de participation aux élections scolaires qui atteint difficilement 10%.  Alors comment interpréter le taux de 1% aux élections du réseau de la santé et des services sociaux : manque d'intérêt, manque d'information ou désillusion.

Il se peut que l'intérêt ni soit pas : si vous n'êtes pas concerné par le domaine de la santé et des services sociaux ou si l'un de vos proches ne nit pas une problématique particulière, il est fort possible que cela ne vous interpelle pas.

Il est évident aussi que l'information concernant le fonctionnement du réseau ne fait pas les manchettes des médias d'information, si ce n'est les crises saisonnières des urgences des hôpitaux.  Et qui plus est, le réseau de la santé et des services sociaux est un univers hermétique, comme tous les réseaux d'ailleurs.  Le jargon est incompréhensible, les structures comparables aux labyrinthes des pyramides d'Égypte et le tout soumis à des règlements, des conventions et des directives à n'en plus finir.  Sans compter que ce réseau est la chasse gardée de puissantes associations professionnelles et syndicales.  C'est une "job" à temps plein pour tout bénévole qui veut y faire une œuvre utile.

Et si par bonheur une personne s'y risque, elle a de fortes chances de vivre une désillusion aussi grande que son désir initial d'y être utile.

En politique fédérale, provinciale ou municipale, la personne qui relève le défi de s'y engager a un soupçon d'espoir de participer aux décisions et au fonctionnement de l'appareil.  Sur la scène scolaire, le pouvoir de taxation donne l'illusion de participer aux orientations de l'organisme.  Mais  dans le réseau de la santé et des services sociaux ces espoirs ou ces illusions sont carrément inexistants.  La personne se lançant cœur et âme dans ce domaine sera appelée à gérer les orientations prises à Québec, les directives dictées à Longueuil, les conventions ignées à Montréal, les compressions imposées par le Conseil du Trésor, les réorganisations administratives décrétées par des fonctionnaires perdus dans la voie galactiques, les privilèges blindés des corporations professionnelles et syndicales sans parler des tutelles imposées par une multitude d'associations de toutes sortes.  Et qui plus est, ça devient une mode, cette personne sera imputable des mauvais résultats.  En bout de ligne, vous ne décidez rien, mais vous êtes responsable de tout.  Caricature vous me direz, pas plus qu'il ne le faut.

Alors rien de bien surprenant que les volontaires se fassent rares et que le taux de participation frise les sommets du 1%.  Tant et aussi longtemps que les orientations et les décisions seront prises au "Complexe G" à Québec ou sur la rue Beauregard à Longueuil, c'est un leurre monumental et des dépenses inutiles que de glorifier la participation du citoyen à l'administration des établissements du réseau de la santé et des services sociaux.  Cette pseudo-participation est même contre-productive, elle décourage à tout jamais "Monsieur ou Madame Tout l'Monde" de s'impliquer dans la gouverne de sa communauté.

Une solution...

Qu'il y ait des balises et des normes nationales, j'en suis.  Qu'il y ait une accessibilité et une universalité des services, c'est l'évidence même.  Pour ce qui est de la gratuité, ce n'est plus une réalité depuis fort longtemps et un jour ou l'autre, il faudra bien mettre fin à ce débat.  Mais toutes ces obligations ne justifient en rien le "mur à mur" intégral imposé par les idéologues juchés au 15e étage du Ministère de la santé et des services sociaux à Québec.  Les besoins de Granby, ne sont pas ceux de Laval, de Rivière-du-Loup ou de Shawinigan.  Et la réalité de la MRC de la Haute-Yamaska est loin d'être identique à celle de la MRC de Longueuil; que dire maintenant du fonctionnement quotidien du CHSLD de Rivière-Ouelle et du quotidien de l'Hôpital Charles-Lemoyne...  et pourtant les mêmes règles, les mêmes directives, les mêmes grilles d'évaluation sont appliquées.

Dans le jargon du ministère, il y a les services de la première ligne : les CLSC et les CHSLD; les services de la deuxième ligne : les hôpitaux généraux; et les services de la troisième ligne : les hôpitaux universitaires et les centres spécialisés.

Il peut être raisonnable d'assujettir les services de la deuxième ligne et de la troisième ligne à des instances régionales comme la Montérégie ou l'Estrie ou à des instances nationales dans le cas des hôpitaux universitaires, mais de là à mettre un carcan universel aux CLSC et aux CHSLD qui ont pour mission d'offrir des services s'adressant à une population locale, il y a une marge.  Il serait simple de transférer cette responsabilité au niveau de la MRC.  Les besoins sont locaux, le suivi devrait être assuré localement.  Ainsi ces établissements seraient appelés à répondre aux besoins et aux attentes définis par la population locale  ou territoriale.

Si les offices municipaux d'habitation relèvent du pouvoir municipal, alors pourquoi les CLSC et les CHSLD ne pourraient-ils pas relever du même pouvoir ?  Il est assuré que les dinosaures bien incrustés dans l'administration municipale repousseront cette suggestion et refuseront carrément cette nouvelle responsabilité, mais n'empêche que le bien-être de la population passe par une prise en charge de ce secteur.  On s'occupe du transport, des loisirs, de la sécurité publique, de l'habitation, etc... pourquoi le niveau municipal ne s'occuperait-il pas des besoins quotidiens de la population de sa localité, de son territoire ?  Ça se fait ailleurs.

Alors un jour, peut-être, "Monsieur ou Madame Tout l'Monde" aura-t-il le goût et l'intérêt à investir son temps, son énergie et sa passion dans un établissement local qui aura des orientations locales et qui répondra aux besoins de la population locale.

Ainsi la pseudo-participation deviendra un engagement significatif au service de ses concitoyens.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 18 septembre 2002)