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Analyse sociale et politique
   Accueil            18.06.2013 - Corruption

Corruption (note 1)

Ils ne moururent pas tous, mais tous en furent atteints disait Jean de La Fontaine.  Pas une journée ne passe sans que nous apprenions une nouvelle fourberie de la part de l’un de nos représentants politiques.  De Laval à Toronto en passant par Montréal, Ottawa ou Mascouche les magouilles politiciennes sont sur le menu du jour. 

Restons dans notre jardin et oublions ce qui se passe ailleurs. Je n’ai pas connu les noires périodes d’Alexandre Taschereau et de Maurice Duplessis, sauf à travers les lectures. Mais force est de reconnaître que les joyeux lurons de ce jour semblent  dépasser le savoir et le comment faire de ces deux anciens régimes corrompus.  Il nous est plus simple de faire la liste des personnes qui ne sont pas corrompues  que de lister les noms de ceux et celles qui trempent dans une affaire louche.  Ce qui est le plus désolant, c’est que cette façon de faire ne se limite pas seulement à la classe politique.  Nous retrouvons aussi de multiples dérapages dans de grandes entreprises, des institutions financières et des bureaux de renommée internationale. Certains se sont même acoquinés avec des dictatures.   

Nous pouvons avec raison blâmer, condamner ces escrocs, mais nous devons aussi admettre qu’à une personne corrompue, il y a toujours un corrupteur : ça multiplie les acteurs et les coupables.  Il faut être deux pour danser le tango, nous dit l’expression.

Selon la Banque mondiale, la corruption aurait représenté, en 2001-2002, mille milliards de dollars soit environ 3% des échanges de la planète.  Est-ce l’origine du fameux 3% régulièrement citée à la Commission Charbonneau ? Mille milliards de dollars, ça représente plus ou moins 16 fois le budget du Québec ou 4 fois le budget du Canada pour la dernière année.  Imaginons les chiffres de cette corruption 11 ans plus tard. 

Pour la présente année, 3% pour le Québec, c’est un peu moins de 3 milliards de $ et pour le Canada, c’est plus de 8 milliards de $.  Au total, c’est plus ou moins 11  milliards de $ que les Canadiens et les Québécois se sont fait voler cette année : c’est environ 325$ pour chaque Canadien et Québécois qui respirent et je passe sous silence les escroqueries au niveau des municipalités.

“Transparency International“, qui est une organisation  qui lutte contre la corruption et qui dénonce  ce fléau, classe le Canada en 9e position des pays les moins corrompus sur les 174 pays évalués en 2012 (note 2).  C’est vous dire toute l’ampleur de ce fléau au niveau mondial.

Ces magouilles pénalisent le citoyen dans son portefeuille, mais ces agissements minent aussi notre système démocratique à sa basse.  Tous les élus ne sont pas des crapules, nous continuons à le croire, mais tous les élus sont éclaboussés par ces petits et grands escrocs.  D’une illusion à une désillusion, le citoyen perd toute confiance dans ses représentants et ouvre ainsi la porte à tous les charlatans.

Comme le souligne Lise Payette dans sa chronique du 7 juin dernier dans Le Devoir (note 3): Peut-on encore parler d’exercer son droit démocratique de choisir ses représentants dans ce climat qui dégage une odeur de porcherie ?

Le Québec, trop régulièrement, instaure une commission d’enquête pour faire le ménage.  En 2012, la Commission Charbonneau  à ce mandat et notre portrait de famille est peu reluisant.  Pour les prochaines années, nous aurons l’impression d’une certaine amélioration.  Une certaine impression seulement…

Tant et aussi longtemps que les gouvernements ne mèneront pas une lutte contre les paradis fiscaux, contre les échappatoires fiscales, contre toutes les magouilles financières, contre les abus de pouvoir et contre tous les bandits à cravates, en plus des élections à date fixe, il faudra prévoir des commissions d’enquête à date fixe. Ces mêmes gouvernements le veulent-ils vraiment ? Ou  se font-ils tout simplement les complices complaisants de ces gros donateurs à leur caisse électorale ?  On ne mord pas la main qui nous nourrit dit le dicton.

LorsqueMonsieur et Madame Tout l’monde accueille un magouilleur reconnu comme un rock star à une émission de télévision, nous pouvons douter  de la volonté populaire d’éradiquer cette vermine qui nous coûte une fortune à vous, à moi et à  une population bon enfant et quelque peu naïve.

Combien de fois avons-nous entendu la citation de Winston Churchill qui disait que le peuple a le gouvernement qu’il mérite. Les organisations dans un État sont-elles à l’image des administrés que nous sommes ?

La population sera-t-elle assez vigilante pour voir le danger qui se profile et pourra-t-elle faire les bons choix ?  À ce stade-ci, nous  pouvons que nous le souhaiter.

À moins que le reflet de ce qui se passe  dans le jadis plus meilleur pays au monde soit le reflet de ce que nous sommes ? Il y aurait 165 pays plus corrompus que le nôtre. Triste consolation, il y a toujours le Soudan, l’Afghanistan et la Somalie pour se disputer les derniers rangs.  (B.F. – Le 18 juin 2013)

Note 1 : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Corruption.htm

Note 2 : http://etudier-voyager.fr/2012/12/la-corruption-dans-le-monde-par-pays/

Note 3 : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/380159/maudit-argent-quelle-plaie