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Analyse sociale et politique
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18.05.2010 - Le sabre et le goupillon, nouveau scénario

Cette expression avec sa variante “l’épée et le goupillon“, selon les historiens,  remonte au 11e siècle : c’est vous dire que ce n’est pas nouveau.  Globalement cette expression décrit l’alliance et la collusion entre les pouvoirs politiques et religieux.  Dans ce sens, les dernières déclarations du cardinal Ouellet ne doivent pas nous surprendre.  Il ne fait que reprendre un scénario que le Québec a bien connu dans des temps pas si lointain.  Faut-il se rappeler que l’Église catholique, principalement sa hiérarchie, a joué un rôle considérable sur la scène politique du Québec, du moins jusqu’en 1960.

Pour les personnes qui ont pu suivre la série télévisée Duplessis  dans les années 1970, ils se rappelleront sûrement la scène où le cardinal Villeneuve, évêque de Québec lui aussi, suppliait Maurice Duplessis de s’opposer aux votes des femmes ou encore celle de Mgr Cabana de Sherbrooke  jouant le rôle de lobbyiste auprès du même premier ministre.  Faut-il aussi se rappeler que ce même Duplessis a obtenu la démission de Mgr Charbonneau qui avait pris parti pour les grévistes d’Asbestos.  Le ciel est bleu, l’enfer est rouge disait-on à l’époque.

Je  reconnais  les actions de certains membres du clergé qui nous ont sauvé à une certaine époque : que l’on pense au curé du village et aux prêtres ouvriers;  mais il faut aussi reconnaître que la haute hiérarchie de l’Église catholique québécoise a plus souvent qu’autrement entretenu des liens qui ne s’inspiraient pas toujours de la charité chrétienne telle que définie par le Christ avec les pouvoirs politiques.  On pourrait même affirmer que ces accointances ont commencé lors de la Conquête de 1760 pour ne pas dire à la découverte de la Nouvelle-France.

Que le cardinal Ouellet encense Stephen Harper sur ses positions face à l’avortement ne devrait pas nous étonner.  Nous sommes en face de deux intégristes qui tentent d’imposer leur vision morale et religieuse des activités humaines.  Il me semble que nous sommes loin de la morale officielle de l’Église qui favorise la justice et la paix sociales et qui facilite le développement harmonieux des hommes et des sociétés.  Et nous sommes encore plus loin de la théologie de la libération qui visait à rendre la dignité et l’espoir aux personnes confrontées à des conditions de vie intolérables. 

Les déclarations tonitruantes du cardinal Ouellet et les intransigeances de Stephen Harper dans le dossier de la santé des femmes, dossier qui devrait être à l’ordre du jour du prochain sommet du G8, ne font que raviver un débat qui pour une grande majorité de québécois a été fait et réglé à la grande satisfaction des québécois, les sondages le démontrent. 

Se pourrait-il, tant pour le cardinal Ouellet à l’intérieur de l’Église catholique que pour monsieur Harper dans la gouvernance du Canada qu’il y aient des dossiers plus importants pour améliorer le mieux-être de l’ensemble de la population.

L’alliance entre le sabre et le goupillon, mouture 2010, nous ramène à vivre un passé pas toujours glorieux de notre histoire où la religion imposait une vision conservatrice du développement social.  Nous avons déjà “joué“ dans ce scénario. 

Et si nous n’y prenons garde, une prochaine étape mettra en opposition la théorie de l’évolution de Darwin et le créationnisme, croyance fondamentale du christianisme.  Monsieur Harper n’haïrait pas compter sur l’appui du cardinal Ouellet dans ce débat. (B.F. – Le 18 mai 2010/La Voix de l’Est – Le 20 mai 2010)