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Analyse sociale et politique
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17.11.2010 - Des mots, des maux et des illusions perdues

Le feuilleton de l’actualité  québécoise est un vrai “thriller“ hollywoodien.  Il devrait être en compétition lors des prochains Prix Gémeaux.  Il ferait une chaude lutte à la télé-réalité “Occupation Double“ dans la catégorie des vaudevilles.

À travers des mots comme girouette, slinky, le frisé, patapouf, voyou, parrain,  notre vocabulaire se développe.  Nous sommes encore loin des qualificatifs de notre bon Capitaine Haddock, mais si notre vaudeville se poursuit nous le dépasserons.  À travers ce vocabulaire, nous retrouvons toute la désillusion des citoyens face à une certaine élite.  Élite qui en théorie devrait être à l’avant-scène de notre développement, mais qui en pratique nous plonge dans les bas-fonds de la dérision.

Pire que ces mots qui agrémentent les médias, nous sommes confrontés à un buffet de plus en plus complet où nous retrouvons ce qui a de plus néfaste pour la démocratie : une panoplie de scandales, de malversations, de relations douteuses, d’insinuations tendancieuses et de copinages suspects. 

À la désillusion créée par les mots s’ajoute le désenchantement de la chose publique, que ce soit à travers certains dossiers du monde syndical, de la scène politique ou de certains conglomérats d’affaires.  L’actualité québécoise vit une triste période où des maux socio-économico-politiques ont une éclosion plus rapide que les pissenlits au printemps. 

Des nébuleuses relations d’une centrale syndicale avec le monde de la construction - d’un occulte financement des partis politiques par de grands entrepreneurs ou des bureaux d’ingénieurs - du copinage de certains maires avec d’autres entrepreneurs - d’un lock-out qui dure depuis près de sept cents jours  et une vendetta médiatique dans le monde des communications - des enveloppes brunes aux enveloppes blanches - de la Commission Bastarache à la commission sur les gaz de schiste - de la pétition demandant la démission du premier ministre aux dénonciations des “belles-mères du P.Q.“,  plus toutes les autres accointances dénoncées à tous les jours par les médias - le Québec s’enlise.  Serions-nous en train de faire mieux que Maurice Duplessis et sa Grande Noirceur ? Nous sommes loin de l’espoir du “Maître chez nous“ de Jean Lesage  et du “Demain nous appartient“ de René Lévesque. 

Notre premier ministre actuel, il faut le rappeler, a déjà déclaré le 11 août 2002 à Trois-Rivières “qu’il fallait réinventer le Québec“, il était alors simplement le chef du Parti libéral.  Il rajouta le 13 septembre 2002 : “un gouvernement libéral sera au service des Québécois“. Une fois élue, le 30 avril 2003, il déclara pompeusement : “Notre gouvernement a été élu pour changer des choses, notre conseil des ministres a été formé pour piloter ces changements“.  Nous voyons actuellement les résultats.

Celui qui voulait réinventer le Québec a vu le jour en 1958: nous étions à l'aube de la Révolution tranquille.  Comme le soulignaient  plusieurs journalistes en 2002-2003, il faudrait qu'il y ait quelqu'un dans son entourage pour lui expliquer l'évolution du Québec depuis 1958.  Il serait plus approprié comme l'écrivait  déjà à l’époque Laurent Laplante, que Jean Charest fasse le contraire de ce qu'il dit. 

Les derniers propos de Jean Charest doivent "se faire retourner" dans leur tombe les bâtisseurs de l'équipe libérale des années 1960.  Par contre notre réinventeur ou notre “débâtisseur“ peut se consoler, il n'y a pas à ce jour de Brutus  dans son entourage.  Et une place au temple de la renommée est loin de lui être assurée.  Encore qu'il lui faille trouver la porte.  (B.F. – Le 17 novembre 2010/La Voix de l’Est – Le 19 novembre 2010)