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Analyse sociale et politique
   Accueil            17.09.2008 - Être ou paraître ?

17.09.2008 - Être ou Paraître ? 

Une période électorale  devrait nous permettre de vivre la différence entre ÊTRE et PARAÎTRE.  Les plus vieux se souviendront  du débat entre Daniel Johnson, père et Jean Lesage en 1962, cet événement était une première canadienne.  Il  a modifié la façon de faire de la politique ; depuis ce jour, les gens vivent dans la dépendance de l'image.  Jean Lesage avait "gagné" ce débat pas tellement par son contenu qui au demeurant était fort à propos, mais beaucoup plus par le fait que Daniel Johnson  avait perdu  sa contenance  et que l'animateur  l'avait menacé de lui fermer le micro.

À partir de ce débat, les faiseurs d'images sont devenus les  metteurs en scène incontournables des campagnes électorales subséquentes.   Le paraître avait détrôné l'être : l'image valait mille mots.  Le jugement se faisait sur l'apparence et non sur le contenu. Depuis,  un bon "clip" de trente secondes dans  les télé-journaux  ou une manchette dans les journaux vaut mieux que l'analyse approfondie d'une promesse ou d'un engagement.  La présente campagne électorale  s'inscrit dans ce modèle spectacle.

Nous avons la mémoire en forme d'emmental: l'électeur carbure à la déclaration choc, à l'image édifiante ou à la promesse spectaculaire  en sachant très bien qu'au lendemain de son élection, le politicien trouvera toutes les raisons pour ne pas y donner suite.  Et nous allons de désenchantement en désillusion, le taux de participation faisant foi de cette réalité.

Avions-nous besoin de cette élection ?  Les commentateurs politiques s'entendaient pour dire non, mais les sondages annonçaient une embellie pour le gouvernement minoritaire en place  et une probabilité d'améliorer son sort, malgré une loi qu'il avait lui-même fait adopter pour des élections à date fixe.  Rien ne justifiait un appel au peuple, mais les sondages sont bons et ça c'est très, très important dans le jeu politique d'aujourd'hui.

Depuis une semaine, avons-nous des engagements crédibles pour combattre la pauvreté, la perte du pouvoir d'achat, l'élimination de la pollution, l'amélioration des infrastructures, le hausse démentielle des profits des pétrolières, etc... ?  Depuis le déclenchement des élections, avons-nous des engagements crédibles pour nous redonner une politique étrangère respectueuse des droits de l'Homme sur la planète et pour l'amélioration  de la qualité de vie de la population des pays du tiers-monde ?  Avons-nous entendu une parole sérieuse à propos de la revitalisation du secteur manufacturier défiguré par une mondialisation anarchique ?  Avons-nous vu un soupçon de projet de société pour améliorer la justice sociale ?  Malheureusement, ces éléments ne font pas partie du contenu qu'on nous présente, c'est ennuyant diront  les faiseurs d'images.

Mais nous avons droit aux clichés habituels : une visite dans une garderie, un barbecue au milieu de nulle part, une visite d'usine, une rencontre avec une famille d'une minorité visible, un drapeau planté dans l'Arctique, un café avec un maire d'une localité perdue dans une région éloignée, une assemblée "paquetée" pour impressionner la galerie, etc... Ajouter à cela les messages publicitaires négatifs, les pancartes qui polluent notre paysage, le débat télévisé : nos faiseurs d'images atteignent alors  le sommet de la  jouissance.

Encore une fois, à travers cette campagne, le contenant a gain de cause sur le contenu.  L'apparence est plus importante que la substance. Le paraître a éclipsé l'être.  Un nouveau désenchantement s'ajoutera à notre histoire politique.  Nous sommes les premiers responsables de nos désillusions.

Comment se fait-il que nous exigeons de notre médecin, si nous en avons un, une pratique exemplaire ?  Comment se fait-il que nous nous attendons que notre plombier ou  notre électricien règlent notre problème ?  Comment se fait-il que nous exigeons de notre épicier, de notre boulanger ou de notre fromager des produits de qualité ?  Comment se fait-il que nous comptons sur la transparence de notre notaire ou de notre comptable ?  Et que de nos politiciens nous nous contentions de si peu, ils sont pourtant à notre service, ils représentent nos aspirations.  Avons-nous si peu d'ambition ?  Triste réalité !  (B.F. – Le 17 septembre 2008/La Voix de l'Est - Le 17 septembre 2008)