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Analyse sociale et politique
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17.04.2002 - La communauté locale, c'est vivre ensemble, pour faire ensemble

La communauté locale ou la ville ou le village n'est pas seulement un territoire, mais c'est une société.  C'est un espace défini qui est intégré au monde et qui est traversé par l'ensemble des enjeux régionaux, nationaux et mondiaux.  Mais  la communauté locale ou la ville ou le village  a l'avantage d'être à dimension humaine. 

La communauté locale est pour l'individu un des groupes d'identification important.  C'est, après la famille, le groupe qui permet l'établissement de relations de personne à personne.  Autant la famille remplit un rôle de socialisation de ses membres, autant la communauté locale se voit attribuer un certain nombre de fonctions envers ses membres:   c'est là que l'on produit, que l'on distribue, que l'on consomme des biens et des services;  c'est là que la participation sociale est la plus directe; c'est là, après la famille, que le support mutuel est le plus spontané; c'est là que l'on côtoie le contrôle social le plus immédiat.

Par contre, le tourbillon d'une mondialisation sauvage brouille tous les repères; le changement social effréné des sociétés modernes détruit toutes les constructions collectives  et ainsi met en danger les fondements même de la communauté locale.  Sans prétendre que la communauté locale doive conserver son identité, son rôle et ses dimensions historiques, il est tout de même hasardeux et dangereux de souhaiter sa disparition totale et de vivre l'apparition de la communauté ou de la société de masse.  La communauté locale doit demeurer, pour l'individu, un des points d'ancrage;  la communauté locale doit demeurer une source privilégiée d'identification pour l'individu.  Sinon, c'est la disparition totale de la communauté locale, de la ville ou du village au profit du vaste centre commercial planétaire tant vanté par nos gourous économiques. 

Comme le souligne le maire de Saint-Denis en France, Patrick Braouezec: "C'est dans la communauté locale, la ville que se vit le plus douloureusement le mal-être, mais c'est aussi en son sein que chaque individu peut le mieux prendre sa place, utile et respectable, dans le mouvement et l'histoire collective d'une société.  C'est là que peut le mieux s'exercer la citoyenneté, pas seulement sur les petites choses, mais en tout et sur tout.  C'est le lieu où, de manière créative, peuvent s'exprimer la liberté et l'égalité fondamentale des citoyens".   Devant cet appel à la mobilisation,  nous ne pouvons que constater une autre réalité, réalité plus dramatique pour la survie de la communauté locale.

C'est une évidence que le citoyen a abdiqué face à toutes actions civiques, ne parlons même pas d'actions politiques, contentons-nous simplement d'actions civiques; le citoyen délègue, une fois par quatre ans, son pouvoir.  C'est ainsi qu'au fil des années, le citoyen s'est fait confisquer son droit de regard sur le développement de sa communauté.

L'abstention et le désintéressement sont les pires ennemis de la démocratie.  Et les exemples sont multiples depuis un certain temps: il suffit de lire les journaux et d'écouter les nouvelles.  Cette désaffection des activités civiques mènent aux abus les plus délirants:  Montréal, Longueuil, l'Estérel, Ste-Agathe-des-Monts, et nous pourrions en citer beaucoup d'autres,  le démontrent quotidiennement.   Ce sont des exemples où la délégation du pouvoir s'est transformée en confiscation du pouvoir. 

Donc, en prenant comme acquis que la communauté locale est le premier palier de l'action civique pour le citoyen, il y a comme une urgence pour le citoyen de se réapproprier son pouvoir de délégation.  Évidemment, la participation aux activités civiques, c'est plus exigeant que de regarder une partie de hockey à la télévision.  Quoique regarder nos "Glorieux" depuis quelques années nous mène directement à la déprime chronique.

La communauté locale est le point de rencontre des individus, de la société et de la culture.  La communauté locale c'est un espace, c'est une population, c'est un ensemble d'institutions, c'est un système social, c'est une distribution du pouvoir, c'est une multitude d'interactions: c'est tout ce qui fait la différence entre vivre dans un environnement dynamique ou habiter dans un centre commercial impersonnel.  Dans ce sens, le citoyen pris individuellement est responsable de la survie de sa communauté locale.  Le citoyen doit provoquer l'action et non pas seulement réagir aux décisions.

Et l'élu(e),  qui a reçu l'honneur de représenter ses concitoyens, a le devoir de nourrir la qualité du processus démocratique.  Les élu(e)s, toutes catégories confondues, ont depuis belle lurette volontairement ou involontairement éloigné le citoyen de l'action civique: les résultats des différentes élections (scolaire,  santé, municipale, provinciale, fédérale) le démontrent clairement.  Alors se peut-il qu'il y ait un problème quelque part ?  Se peut-il que le citoyen se soit fait abuser quelque part ?

Alors, il appartient aux élu(e)s de présenter un cadre de participation qui permettra aux citoyens non pas seulement de déléguer son pouvoir mais qui permettra aux citoyens de contribuer à l'élaboration des décisions qui assureront à la communauté locale, à la ville ou au village un développement répondant au mieux-être de l'ensemble.  Il y en a qui le font... pourquoi pas nous ?      (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 17 avril 2002)