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Analyse sociale et politique
   Accueil            17.01.2013 - Qu'est-ce que ça fait là...

Qu’est-ce que ça fait là?

Le site Internet de l’hebdomadaire français MARIANNE  (note 1) nous en apprenait une bien bonne le 11 janvier dernier.  Le Qatar est devenu un membre associé de l’Organisation internationale de la francophonie, rien de moins. Cet Émirat compte tout au plus 5,800 parlants français sur une population de 1,9 million d’habitants : le français est parlé par 0,2% de Qataris. Le français est, au mieux, la seizième langue d’usage de ce pays (note 2).

Sans vouloir dénigrer la démarche du Qatar , nous éprouvons certaines difficultés  à saisir toutes les subtilités et les règles pour faire partie de l’OIF (notes 3-4).  Nous pouvons lire dans les règlements de cette organisation que le statut de membre associé doit répondre à des conditions strictes. Il est réservé à des États et des gouvernements pour lesquels le français est d‘ores et déjà l‘une des langues officielles ou d‘un usage habituel et courant, et qui partagent les valeurs de la Francophonie.  Comme le démontrent les relevés démographiques, le Qatar est loin de répondre à cette exigence linguistique.  Après l’arabe, c’est l’anglais qui est la langue seconde ou c’est l’inverse.

Pour ce qui est des valeurs, le mieux que nous puissions dire, c’est qu’elles sont à géométrie variable ; et ce n’est pas le but de notre propos.  D’autres personnes plus qualifiées sur le sujet pourront en débattre.

Comme le présente l’OIF, je veux bien croire qu’il y a plus ou moins 890 millions d’hommes et de femmes à travers notre bonne vieille terre qui ont en partage la langue française. Mais nous connaissons tous des McCormick, des Smith ou des Clark qui se font un honneur de partager notre langue : cela n’en fait pas des francophones pour autant.  Dans la langue de Molière, ce sont des francophiles.  Et je ne doute pas un instant qu’il a des Qataris qui s’inscrivent dans cette définition. Comme beaucoup d’autrichiens, de bulgares, d’égyptiens, de  grecs, de polonais ou d’uruguayens et combien d’autres peuvent se targuer d’être des francophiles.  Mais cela n’en fait pas des pays francophones.

À force d’étirer l’élastique, cette organisation risque de perdre son âme.  Il serait peut-être approprié qu’elle redécouvre sa mission qui devait être la promotion de la langue française ; la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme ; le développement de l’éducation, de la recherche et de la coopération.  Qu’elle respecte sa mission, c’est le moins que le commun des mortels puisse s’attendre. 

La mission première de l’Organisation internationale de la Francophonie a été à sa fondation la promotion de la langue française et de sa culture. D’autres organisations internationales voient à répondre à d’autres besoins de l’humanité. L’OIF n’a pas à devenir un “club house“ pour des États et des gouvernements à la recherche de visibilité.

En acceptant dans ses rangs des États qui ne répondent nullement à sa règle d’or que le français soit une des langues officielles, il ne faudrait pas se surprendre que tôt ou tard, les délibérations de l’Organisation internationale de la Francophonie se déroulent en anglais sous prétexte que c’est la langue universelle, des affaires et des échanges commerciaux.

Il ne faudrait pas que cette noble organisation devienne “The International Organization of the french language“ et qu’un prochain sommet se tienne à Washington sous prétexte que le nouveau Secrétaire d’État américain, John Kerry, parle le français et que nous retrouvons quelques francophones en Louisiane, dans le Maine ou dans le Vermont.

À cette occasion, il ne resterait plus qu’à accepter la Molvanie comme État membre associé.  Et pourquoi pas la dictature de Bordurie et le Royaume de Syldavie?  C’est en français que nous les avons connus. (B.F. – Le 17 janvier 2013/La Voix de l'Est - Le 18 janvier 2013))

Note 1 :

http://www.marianne.net/Mais-que-fait-le-Qatar-dans-la-francophonie _a225517.html

Note 2 : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/qatar.htm

Note 3 : http://www.francophonie.org/

Note 4 : http://www.francophonie.org/IMG/pdf/adhesion_bucarest_2006-2-2.pdf