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17.01.2010 - Un imbécile heureux

La tragédie haïtienne nous permet de confirmer la grande solidarité qui existe entre les individus, les peuples et les nations.   Tout n’est pas que désolation, mépris et détresse, nous pouvons garder espoir dans la race humaine.  Pour s’en limiter qu’au Québec, nous pouvons constater l’empressement de notre population et de notre gouvernement à s’engager à supporter la population haïtienne, là-bas et ici, vivant ce traumatisme hors du commun.  Nous pouvons être fier de nous-même et nous pouvons souhaiter que cela puisse s’inscrire dans la durée.

Mais en même temps que la très grande majorité de la population québécoise s’investit dans cette mission humanitaire, nous y retrouvons quelques petits escrocs qui profitent de cette détresse pour escroquer cette même population.  Ça aussi c’est la race humaine.

Mais la palme, toutes catégories confondues, revient à un espèce d’hurluberlu qui se nomme Pat Roberston, télévangéliste américain ultra-conservateur de son état, qui affirme  que les malheurs d'Haïti découlent d’un “pacte avec le diable“ qu'auraient conclu les esclaves de cette île, il y a deux siècles, afin de s'affranchir.  Il faut rappeler que cet imbécile heureux a été un candidat à la convention du Parti républicain pour la présidence des États-Unis en 1988.  Et qu’il est un proche de Donald Rumsfeld, ancien secrétaire d’État à la Défense, ce dernier étant un conseiller qui avait l’oreille du non moins ineffable George W.  À tout le moins, remercions le Grand Manitou que ce soit Barack Obama qui occupe présentement la Maison Blanche à Washington.

Par contre, nous devons être conscient que cette race “d’imbéciles heureux“ au raisonnement et au jugement défaillant pollue notre environnement, siphonne notre attention au détriment de la présente tragédie et soulève des controverses inutiles.  Encore une fois, nous pouvons constater que le jugement n’a pas été distribué également à tout le monde à la naissance.

La tragédie vécue à Haïti au fil des jours, des semaines et des mois sera reléguée aux oubliettes comme la plupart des drames humanitaires.  Un autre drame, un autre cataclysme ou une autre guerre fera les manchettes et nous interpellera.  Ainsi va notre humanité, courant après je ne sais trop quoi.

Se pourrait-il qu’un jour nous puissions mettre un frein, non pas aux tragédies naturelles, mais à tout le moins à toutes ces inégalités humaines ?  Que ce soit Haïti, les populations ayant subi le tsunami, ou subissant à répétition les typhons, les ouragans, les crises alimentaires ou les génocides, nous devons reconnaître que ces pays et ces populations sont les plus pauvres de la planète. 

Se pourrait-il que les pays les plus riches aujourd’hui le sont parce qu’ils ont appauvri au fil des siècles les pays les plus démunis aujourd’hui ? Poser la question, c’est y répondre.

Les richesses des pays les plus développés ont été acquises en exploitant les richesses des pays auxquels aujourd’hui nous envoyons notre aide humanitaire.  Serait-ce une façon de nous déculpabiliser ?  Ces pays et ces populations “sous-développés“ comme nous les appelons aujourd’hui ne le sont pas à cause  de la main du diable. Ils sont dans ces situations tout simplement à cause de la main de l’homme.  Il ne faudrait pas que nous devenions, à la longue, des imbéciles heureux sans que nous le sachions. (B.F. – Le 17 janvier 2010/La Voix de l’Est – Le 19 janvier 2010)