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Analyse sociale et politique
   Accueil            15.11.2013 - Au nom de quel dieu?

Au nom de quel dieu ?

La déclaration de Jean Allaire (note 1) sur l’islam provoque certains remous dans notre merveilleux monde politique. Madame Fatima Houda-Pépin, députée libérale et musulmane  marocaine, en rajoute en déclarant que le Québec ne doit pas s’inspirer de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran des ayatollahs. Il est vrai que l’islam depuis un certain temps ne démontre pas des élans d’amour fraternel et que des intégristes musulmans  ne sont pas des exemples de tolérance et de bonne entente.  Comme le souligne un lecteur du journal Le Devoir , le 11 septembre dernier : “L’argumentaire de la suprématie d’un dieu a conduit à beaucoup de dérapages dans l'Histoire, dérapages qui se continuent encore de nos jours dans certaines sociétés. L'intégrisme, le dogmatisme et l'obscurantisme ne sont pas loin quand on met en exergue la suprématie d’un dieu, et ce, quelles que soient les religions qui s'en réclament“.

Nous devons reconnaître, sans remonter à Adam et Ève, que toutes les religions à un moment ou un autre de l’histoire de l’humanité ont déraillé.  L’Église de Rome à travers les Croisades et l’Inquisition a tué, torturé et exclu bon nombre de ses membres et de ses opposants.  Le “Tu crois ou tu meurs“  d’hier de l’Église de Rome n’a rien à envier aux présents attentats ou dérives de certains intégristes islamiques d’aujourd’hui.

L’amour fraternel ne transpire pas aussi des frontières de l’État d’Israël qui semble se croire tout permis. Les Juifs ultra orthodoxes se considèrent comme le peuple élu : ils seraient la Voix, la Vérité et la Vie ; rien de moins.  Ils s’amusent à défier constamment les autorités internationales et les mises en garde de leurs quelques alliés. Rappelons-nous la guerre entre les catholiques et les protestants en l’Irlande du Nord et n’oublions pas le sempiternel conflit entre  “Le peuple choisi“ et les Palestiniens ; conflit qui embrouille une région et qui serait à l’origine de plusieurs autres. 

Trois religions monothéistes qui auraient une origine commune, nous dit-on. Trois religions qui revendiquent de mêmes lieux saints.  Trois religions qui au fil des siècles ont provoqué de multiples affrontements au nom du Christ, d’Allah ou de Yahweh.

TOUTES ces confrontations violentes prennent leurs sources dans la religion.  Nous sommes loin du Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.  Nous pouvons reprendre les paroles de Madame Houda-Pépin (note 2):“…. le tchador qui est l'expression même de l'oppression des femmes, en plus d'être la signature de l'intégrisme radical…….L'égalité hommes-femmes est un droit fondamental qui demeure un acquis fragile à l'ère des intégrismes qui caractérise notre siècle….“

Pour beaucoup de Québécois d’un certain âge, l’actuel débat leur rappelent l’emprise séculaire de l’Église catholique sur leur quotidien.  La Révolution tranquille et même le Concile Vatican 2 ont libéré l’espace public de cette mainmise. 

Quelle différence y-a-t-il entre le tchador ou la burqa des musulmanes d’aujourd’hui et le costume des religieuses d’antan ?

En 1982, j’ai eu le privilège d’agir comme président du comité organisateur des fêtes du 125e anniversaire d’une petite municipalité 50% anglophone et 50% francophone.  Les quelques affrontements ne sont pas survenus au niveau de la langue, mais au niveau de la religion.  Devait-on célébrer la liturgie à l’église catholique ou à l’église protestante ?  L’oecuminisme aidant, le volet religieux fut souligné, à la salle communautaire de la municipalité par le curé catholique et le pasteur protestant au grand déplaisir de quelques bigots.

Les Québécois ont délaissé la pratique religieuse, ils ne se reconnaissent plus dans les structures de l’Église de Rome.  Ils ne sont plus de croyance, mais ils demeurent de culture catholique et chrétienne.

Ils ne vont plus à l’Église sauf à des occasions spéciales : des funérailles, la messe de Minuit à Noël, un mariage et même à un baptême. Alors faut-il se surprendre de la sensibilité populaire provoquée par l’actuel débat sur la laïcité  de l’État ? 

Une religion est une recherche personnelle, un cheminement individuel et  n’interfère pas dans l’espace public.  Le vivre ainsi nous éviterait quelques inutiles affrontements.  (B.F. – Le 15 novembre 2013/La Voix de l'Est - Le 18 novembre 2013)

Note 1 : http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201311/11/01-4709616-lislam-une-religion-de-violence-selon-le-fondateur-de-ladq.php

Note 2 : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2013/11/14/008-lettre-integrale-fatima-houda-pepin.shtml