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Analyse sociale et politique
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15.05.2002 - Félicitations à nos gourous financiers: ding, dang, dong

Vous vous souvenez, il n'y a pas si longtemps, des faillites de Distribution aux consommateurs, des Bijouteries Peoples, d'International Harvester; et plus près dans le temps, des faillites de Eaton's, d'Enron;   de la débandade financière de Nortel et nous pourrions allonger la liste. Vous vous souvenez  des méga-fusions d'entreprises et des licenciements de centaines de milliers d'employés qui ont suivi.  Vous avez aussi sûrement en mémoire les entreprises privées qui réussissent à survivre avec l'aide de subventions et de prêts de l'État.  Tableau saisissant et parsemé de cadavres.

Et en même temps, nous pouvons constater tant sur le plan subliminal que sur le plan pratico-pratique, nous nous faisons suggérer par nos gourous financiers qu'il n'y a pas de salut sans une lutte acharnée contre les dépenses de l'État. Que l'État doit laisser la place, la taille de l'État doit diminuer. Que l'État doit se retirer de dossiers pouvant nuire à la réalisation des rêves de la grande entreprise privée. Que l'État doit privatiser et privatiser ce qui est rentable. 

C'est le créneau de l'entreprise privée, l'État doit laisser la place.  C'est le credo inconditionnel des capacités de réussir du secteur privé.  Nous avons, nous dit la grande entreprise privée,  la recette pour redresser les finances publiques, nous avons la recette pour créer la richesse, nous avons la recette pour redistribuer la richesse, surtout entre nous.  Sauf que si le passé est garant de l'avenir, nous nous éloignons de nos jardins de roses et ce n'est pas demain que nos lendemains nous ferons  chanter.

On tente de nous faire croire depuis trop longtemps, qu'en dehors du néo-libéralisme, point de salut. Nous pouvons définir le libéralisme comme étant un ensemble de doctrines qui tend à garantir les libertés individuelles dans la société: c'est la libre-entreprise, la libre concurrence et les libres jeux des initiatives individuelles.  C'est l'opposition à l'intervention de l'État.  Par contre, ce néo-libéralisme tant vanté aujourd'hui, n'est pas autre chose que le capitalisme sauvage de la Révolution industrielle de XIXième siècle: capitalisme dont nous venons de voir quelques réussites exemplaires.    Le Québec, le Canada, l'Amérique, l'Occident, la Planète en  sont atteints . 

Ce néo-libéralisme, est une maladie virulente à incubation lente.  Le virus est apparu à la fin de la deuxième guerre.  Le néo-libéralisme, par analogie médicale, représente l'apparition d'un groupe de cellules anarchiques se développant au détriment des cellules saines, des tissus sains et se généralisant s'il n'est pas traité a un stade où le processus puisse être freiné à temps pour éviter que cette anarchie cellulaire se propage au système tout entier.  Un néo, dans le jargon médical, c'est un cancer.  Un cancer ne devient douloureux que dans la mesure où le fonctionnement des tissus sains deviennent altérés et ne puissent plus fonctionner normalement.  Les grands apôtres de cette doctrine se sont appelés Reagan, Thatcher, Klein, Harris;  ils s'appellent maintenant Bush, Blair, Martin,  toujours Klein et combien d'autres individus du même acabit. 

C'est l'érection en absolu des libertés individuelles par opposition à la libération collective.  C'est le chacun pour soi, c'est l'intérêt privé à n'importe quel prix social, c'est l'individualisme le plus forcené.  C'est la pauvreté des tissus sociaux, l'absence de communautés véritables, l'instabilité des rapports sociaux, la violence quotidienne des comportements.  C'est le pouvoir et l'avoir d'une classe nantie.  Ce capitalisme à l'américaine consomme et jette après usage.  Il peut acheter et vendre à peu près n'importe quoi, y compris le silence et la soumission.

Cette soi-disant croissance économique néo-libérale s'accompagne partout d'inégalités entre les groupes sociaux.  Partout, et nous sommes bien placés au Québec et au Canada, chaque progression du chômage et de l'exclusion est présentée comme un épisode transitoire, comme une nécessaire étape vers des jours meilleurs;  jours de plus en plus lointain.  Mais nous nous rendons compte que ce sont toujours les mêmes qui écopent.  C'est l'augmentation de la pauvreté.  C'est à croire que les catastrophes financières sont dues aux chômeurs, aux assistés sociaux, aux mères mono-parentales.  Ces exploiteurs du système, aux dires des bien-pensants de la droite, doivent être contrôlés, surveillés.  Mais rarement parle-t-on des exploiteurs capitalistes qui vivent des subventions généreuses de l'État ou qui profitent, entre autres, des brèches de la fiscalité: souvenons-nous du scandale des fiducies familiales exportées aux États-Unis, il y a quelques années,  deux milliards de dollars sans payer d'impôts.  Où était nos ténors pour dénoncer cette fraude ?

Par contre, ces mêmes ténors dénoncent l'assurance-chômage ou l'assurance-emploi nouvelle mode trop généreuse et le salaire minimum trop élevé qui freine l'emploi.  Il est vrai que le chômage a régressé quelque peu au Canada, mais en même temps la pauvreté a augmenté, ça on en parle moins.

La crise de confiance, le fonctionnement étatique qui entrave le développement du marché, l'offre et la demande, la mondialisation, la globalisation, l'éclatement des frontières, la lutte au déficit, les gains de productivité;  ce sont les ingrédients qui favorisent le développement de la nouvelle économie.  Tout a une connotation financière: la santé de la planète est financière avant tout.  Les crises financières passées, actuelles ou appréhendées servent à maintenir le monde dans une psychose de la peur.

Nos penseurs, nos gouvernants politiques et nos gourous financiers, dépassés par l'ampleur du désarroi social, à défaut de changer les choses, changent les mots:  eux-mêmes d'ailleurs ne parlent plus jamais d'idées, en ont-ils déjà eu, mais de concepts: aide aux pays en voie de développement contre une plus grande démocratisation de ceux-ci, mais on ne touche pas à la Chine; combattre l'Axe du mal, surtout les pays qui ont du pétrole;  combattre le blanchiment de l'argent mais pas tous les paradis fiscaux; combattre le terrorisme, mais laisser Israël anéantir ses voisins;  et combien d'autres.

La situation présente est manifestement dramatique mais il ne faut pas laisser, aux Bush, Sharon et Poutine de cette terre ainsi qu'à leurs gourous, carte blanche pour nous faire faire un pas vers l'avant alors que nous sommes sur le bord du précipice. Il faut revoir le rôle et les mandats assumés par l'État.  Il nous faut définir de nouvelles formes de solidarité.  Il nous faut obliger nos dirigeants politiques à nous présenter une vision dynamique de l'avenir et non pas seulement un bilan financier.

Si nous persistons à laisser à nos gourous financiers les commandes de notre planète, alors aussi bien laisser à Jojo Savard le poste de premier ministre.  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 15 mai 2002)