hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            13.11.2012 - Le Canada bilingue est une fiction

Le Canada bilingue est une fiction

Rappelons-nous avant d’aller plus loin qu’une fiction est un fait créé à partir de notre imagination. Des auteurs se sont fait connaître en imaginant des histoires d’horreur et d’aventures : c’est le cas de Mary Shelley avec son Frankenstein, d’Arthur Conan Doyle avec son Sherlock Homes, de Jerry Siegel avec son Superman et de Jules Verne avec ses romans. Ces auteurs sont passés à l’Histoire avec leurs fictions. Le Canada bilingue, scénario concocté par  Pierre Elliott-Trudeau, s’inscrit dans la même mouture que les romans de ces grands auteurs. 

Pour que nous ne l’oublions pas, certains individus nous présentent des versions à la mode du jour : notre très souriant ministre fédéral de la Justice est le dernier en lice.  Dans les derniers jours, Rob Nicholson, unilingue anglophone de formation, nous rappelle que “le bilinguisme ne devrait jamais être plus important que le mérite ou l’habilité de bien….“ et bla-bla-bla.  Combien de fois nous nous le sommes fait dire depuis la Conquête de 1760.  Lord Durham, dans son rapport écrit en 1839 “recommande l'accélération de l'immigration britannique au Canada afin de marginaliser la population canadienne-française, (C’est nous ça) la forçant ainsi à choisir la voie de l'assimilation linguistique et culturelle. Finalement, il suggère le retrait des libertés accordées aux Canadiens français par l'Acte de Québec et l'Acte constitutionnel afin d'éliminer la possibilité de rébellions futures“.

Que 173 ans plus tard, notre ministre fédéral de la Justice digne successeur de ce Lord se permette une telle affirmation ne surprend plus personne.  C’est à peine si sa déclaration se retrouve dans les faits divers: elle s’inscrit tout au plus dans le rayon des insignifiances politiques.

Non que la compétence n’est pas une condition à l’obtention d’un poste.  Nous voyons actuellement les conséquences de l’incompétence. Tous compétents soient les derniers nominés à la Cour suprême et le Vérificateur général du Canada, ils ne s’inscrivent pas du tout dans la fiction canadienne.

Je veux bien que la compétence soit un critère de sélection, mais nous devons aussi avoir en mémoire la déclaration faite le 18 août 1965 par André Laurendeau, co-président de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme : “... l'expérience qui nous a été transmise jusqu'ici au Canada que paraissent confirmer les exemples belges et suisses, établit que le bilinguisme ne saurait vivre que s'il s'appuie sur des unilinguismes, sans quoi le bilinguisme est une situation transitoire qui aboutit à l'unilinguisme du plus fort et du plus nombreux".

Ainsi est né la légende du Canada bilingue. Le bilinguisme canadien, c’est pour la belle image du Canada sur le plan international  et pour combattre le séparatisme québécois. 

Ça ne fait que confirmer que l’égalité linguistique, ça n’existe pas quoiqu’en disent tous les Don Cherry et la grosse presse de Toronto.  Grosse presse anglophone et même francophone qui s’indignent des difficultés de Louise Harel, candidate à la mairie de Montréal et de Pauline Marois, Première ministre du Québec, à parler la langue de Shakespeare. 

Sans vivre un tsunami de chiffres, rappelons que les derniers recensements indiquent que le bilinguisme progresse au Canada, mais ce sont les francophones qui l'assument. Vivre en français est devenu utopique hors Québec ce qui  affaiblit l’existence du Français. 

En résumé, l'unilinguisme Anglais progresse au Canada, l'unilinguisme Français régresse au Québec; le bilinguisme progresse au Québec et stagne de façon générale dans le reste du Canada. Tant et aussi longtemps que les Québécois seront ambivalents quant à leur statut politique, ils devront porter le fardeau d'un destin incertain. Ce fut le destin de nos ancêtres gaulois. Deviendrons-nous une bande dessinée?  (B.F. – Le 13 novembre 2012/La Voix de l'Est - Le 23 novembre 2012*)


* Les mots en rouge ont été coupés par La Voix de l'Est