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12.12.2007 - Le vide

Depuis toujours les pour et les contre s'affrontent dans les différents médias.  Les émissions de télé-réalité, on les critique, on les adule.  Patrick Senécal, écrivain québécois, a publié en janvier 2007 un roman décrivant  bien l'essence de ce que sont les  télé-réalités.  "Le Vide" (Senécal, Patrick,  Éditions Alire, 2007. 642 pages) titre de son roman, a comme toile de fond une émission de télé-réalité.  C'est un roman dur  qui illustre bien la nullité de telles émissions.

Toutes les émissions de télé-réalité ne sont pas apparues par l'opération du Saint-Esprit ou du Grand Manitou.  De tout temps l'homme, cet animal curieux est invariablement attiré par le trou de la serrure.  D'instinct, le grand public a toujours été porté sur les scandales, le sensationnel.  Souvenons-nous d'un quotidien montréalais  et de sa page  7, qui à ses débuts avait les 3 S comme pierre d'assise de sa parution : Sang, Sexe, Sport.  C'est devenu un  quotidien à fort tirage et très rentable.

Il en est de même pour les télé-réalités. Il y aura toujours des producteurs et des diffuseurs qui seront  là pour fabriquer un tel produit car il y a toujours un marché, un public potentiel pour observer des participants-cobayes  s'exhiber devant les caméras.  C'est rentable : les parts de l'auditoire augmentent, les profits publicitaires se multiplient et les actionnaires s'enrichissent.  Ce sont les seuls gagnants de ce jeu. 

Pour les participants à de telles émissions, "c'est leurs 15 minutes de gloire" comme le décrit Senécal.  C'est leur moyen d'obtenir de la reconnaissance, de la notoriété et de sortir de l'anonymat.   C'est leur fol espoir enfin d'exister : faute de pouvoir être, le paraître fait leur affaire.  Ce sont ces participants les grands perdant de cette vraie-fausse réalité: ces nouvelles stars brillent par leur banalité et l'anonymat les rattrape au galop.

Le phénomène des émissions de télé-réalité s'amplifie un peu partout sur la planète parce qu'il y a des auditoires qui jouissent à les regarder.  Se pourrait-il que ce phénomène soit un reflet de notre société actuelle : individualiste, compétitive, voyeuriste et narcissique ?

Car à part les producteurs-diffuseurs qui sont les grands gagnants et les participants-cobayes qui perdent sur toute la ligne, il y a un troisième acteur qui fait en sorte que ces émissions subsistent.  Il faut des individus déjà bien conditionnés pour aimer se remplir de ces émissions creuses et ennuyeuses.  C'est vous, moi et les autres qui sommes les acteurs passifs de ce spectacle, nous sommes des victimes consentantes.  La quasi-totalité des médias télévisuels et radiophoniques  impose un nivellement par le bas. Nous consommons de l'insignifiance.  Nous nous acculturons d'une façon continue. Nous devenons paresseux. Et les émissions de télé-réalité ne sont qu'une étape de cette tendance à  rendre le citoyen-consommateur de moins en moins exigeant.

Avec la chute de l'empire soviétique, la planète est devenue un grand centre d'achats.  Les  Bush, Harper et Sarkozy de ce monde se pourlèchent les babines et nous entraînent dans l'imaginaire, l'expansion illimitée et l'accumulation de la camelote par médias interposés.  Ils veulent nous imposer un "way of life" identique, urbain, cosmopolite, euphorisant. Et ces nouvelles valeurs nous sont transfusées dans la culture par des pseudo-produits culturels : films, télévision, publicité dont sont dérivés un ensemble de biens matériels, d'accessoires, de modes et de divertissements.  Et cette nouvelle culture à saveur américaine est irrésistible.  C'est à ce niveau que le citoyen-consommateur doit se réveiller et agir.

Pour ce qui est des émissions de télé-réalité, la vraie façon de changer ça, c'est d'éteindre la télé... ou de zapper ailleurs. Les baisses de l'auditoire viendront à bout de ce phénomène.  (B.F. – Le 12 décembre 2007/La Voix de l'Est - Le 12 décembre 2007)