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Analyse sociale et politique
   Accueil            12.02.2014 - Il ne faut pas désespérer

Il ne faut pas désespérer !?

“Les établissements doivent s’orienter vers les soins palliatifs et la qualité de vie, estiment les comités consultatifs mandatés par Québec“.  C’est la trouvaille du siècle dans le merveilleux monde des CHSLD et nous la devons à  Marie-France Simard et André Gagnière, qui président respectivement le comité scientifique et le comité consultatif du ministère de la Santé et des Services sociaux  sur les soins aux aînés en CHSLD (note 1).

Il ne faut pas s’en faire.  La mémoire est une faculté qui oublie ou cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.  Ces formules sont utilisées lorsque l'on doit retoucher ou recommencer un travail plusieurs fois pour le rendre à terme.  Il ne faut surtout pas désespérer. 

La Commission Castonguay-Nepveu en 1970, Le Conseil des Affaires sociales et de la Famille en 1978, La Commission Rochon à la fin des années 1980, les Orientations ministérielles de 1989, le projet de Loi 120 en 1990, La Fédération des CHSLD du Québec en 1995, la Commission Clair au tournant de l’an 2000 et même René Lévesque lorsqu’il était le ministre du Bien-être social et de la Famille dans les années 1960 affirmaient la même chose.  Rien de nouveau sous le soleil, il s’agit maintenant que les bottines suivent les babines.  Par contre, qu’il nous soit permis d’en douter. La dernière réforme, celle du bon docteur Couillard  a fait en sorte  d’assimiler vieillissement et maladie.  Le merveilleux monde des CHSLD est devenu un milieu de soins, de traitement et de guérison.  Ces milieux de vie sont tombés sous l’emprise de la “nomenklatura médicale“. 

Lorsque l’on donne la responsabilité à un hôpital d’administrer des milieux de vie, il ne faut pas se surprendre que des milieux de vie deviennent des milieux de soins, que des heures vie deviennent des heures soins, que des plans de vie deviennent des plans de soins : ce changement de vocabulaire sous-tend des orientations et des pratiques.  Un recherche effectuée dans les années 1990 à l’Université Laval de Québec,  sous la responsabilité de Paul Lamarche, considéré comme un penseur de notre système de santé  dénonçait une telle orientation et toutes ses dérives.  Aujourd’hui nous en sommes là et les divers comités consultatifs souhaitent un nouveau départ, une nouvelle orientation.

L’actuel ministre de la santé et des services sociaux est reconnu comme un des spécialistes international au niveau du vieillissement.  Il est un fervent défenseur d’une approche BIO-PSYCHO-SOCIALE.  Approche qui a pour objectif de mettre la personne vieillissante en équilibre dans les trois sphères, mais force est d’admettre que le volet BIO a toujours été privilégié au détriment des volets PSYCHO et SOCIAL ; cette affirmation ne date pas d’aujourd’hui. Le Conseil des Affaires sociales et de la Famille en 1978 affirmait la même chose.

Qui plus est, à la notion de la qualité de vie des résidants dans les CHSLD il faut aussi y attacher la notion de la qualité de vie au travail des personnels.  Ce sont deux données indissociables.  Toutes les commissions depuis Castonguay-Nepveu ont déploré et dénoncé le sous développement des ressources humaines. 

Des recherches et plusieurs expériences effectuées au Québec, aux États-Unis démontrent de solides relations entre la qualité de vie des résidants et des personnels, ajoutons à ces deux notions une gestion plus participative qu’autoritaire au niveau de l’administration, nous risquons alors de vivre des milieux de vie qui pourront mieux répondre aux besoins des personnes âgées hébergées.  Il s’agit tout simplement de changer des mentalités, des concepts et des orientations.  Mais la volonté est-elle là ?

Comme le disait à l’époque l’actuel ministre : “les CHSLD ne sont ni des mourroirs, ni des clubs Med ; ce sont des milieux de vie“. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.  Il ne faut pas désespérer.  (B.F. – Le 12 février 2014/La Voix de l'Est - Le 14 février 2014)

Note 1 : http://www.ledevoir.com/societe/sante/399633/chsld-une-philosophie-a-changer