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Analyse sociale et politique
   Accueil            11.03.2014 - Date de péremption

Date de péremption

Cette réalité n’est pas seulement vraie pour les produits comestibles, entre autres pour le lait, le yogourt, les viandes.  Date après laquelle un produit ne doit plus être consommé ou utilisé. Une telle date de péremption existe aussi en politique. À Ottawa, elle est fixée au 15 octobre 2015, date après quoi maintenir l’actuel gouvernement conservateur au pouvoir représenterait des risques élevés pour notre crédibilité déjà amochée.  Les sondages nous indiquent que les électeurs sont au courant des risques potentiels. 

Au Canada et au Québec, il n’a pas été nécessaire de légiférer pour limiter le nombre de mandats, du moins en théorie.  Les électeurs ont établi la règle de l’alternance.  À Ottawa,  après 7-8 ans d’un gouvernement conservateur, on “swing“ à un gouvernement libéral ou l’inverse.  À Québec, après 7-8 ans, on passe d’un gouvernement libéral à un gouvernement péquiste, ce qui fait en sorte que le gouvernement Marois est encore bon pour 4-5 ans.  Ce qui obligera le successeur de Philippe Couillard à attendre, à tout le moins, jusqu’en 2018 ou 2019 pour renverser la tendance. Par contre, à Ottawa, Justin Trudeau est dans l’antichambre du pouvoir: il  lui reste  quelques mois à patienter.

Les tiers parties cherchent à briser cette confrontation mais rarement y arrivent-ils. Au Canada et au Québec, les électeurs, en plus d’être des adeptes de l’alternance, ont inscrit le bipartisme dans la tradition électorale. Le Parti Québécois, en 1976, a réussi l’exploit de ne plus être un tiers partie.  L’Union nationale est disparue de la scène politique. Depuis le PQ est devenu l’adversaire incontournable du Parti libéral du Québec.  L’ADQ de Mario Dumont; la CAQ, nouvelle mouture de l’ADQ, à Québec, tout comme le NPD à Ottawa, ont pensé ou pensent briser ce monopole politique bipartisan. Mais, après le 7 avril 2014 à Québec et le 15 octobre 2015 à Ottawa, ils seront toujours des tiers parties.  Le mieux qu’ils peuvent espérer, c’est d’avoir la balance du pouvoir dans un gouvernement minoritaire.

Ce modèle bipartisan est presqu’universel.  Ches nos voisins du Sud, ce sont les Démocrates ou les Républicains.  En France, c’est la gauche ou la droite.  En Angleterre, ce sont les Tories ou les Travaillistes. Dans les pays, dits démocratiques, il n’y que l’Italie qui  fait exception à la règle. 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Italiens ont eu 62 gouvernements et 25 Présidents du Conseil. La durée moyenne d’un gouvernement italien est de 361 jours. Après avoir inventé la tradition lyrique du bel canto, ils sont maintenant à “berlusconiser“ leur système politique.  Ce sombre personnage increvable est plus préoccupé par la mise en valeur de son image personnelle que par la pertinence de ses interventions sur le plan politique. Mais il ne faut pas oublier que les Italiens ont aussi popularisé lacommedia dell'arte ; théâtre populaire où des acteurs masqués improvisent des comédies marquées par la naïveté, la ruse et l'ingéniosité.   Ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

Pour en revenir à notre réalité canado-québécoise, en  tenant compte de la règle de l’alternance et du bipartisme, nous pouvons  retenir que les sondeurs n’ont pas vu venir la vague orange du 2 mai 2011 sur Ottawa. Mais en général, les sondages sont assez près des résultats du scrutin.  Nous pouvons présumer que les dates de péremption du 7 avril 2014 et du 15 octobre 2015 n’apporteront guère de surprises. 

À moins d’un événement important et inattendu ou de pelures de bananes, nous nous retrouverons avec un gouvernement péquiste à Québec, le 7 avril 2014 et un gouvernement libéral à Ottawa le 15 octobre 2015.  La grande pièce fédéralistes-souverainistes sera de nouveau à l’affiche pour quelques années surtout s’il y a un référendum québécois à l’horizon.  

Rappelons-nous que l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération canadienne nécessita une élection qui mit en place une convention nationale pour décider de l'avenir de Terre-Neuve. Après un débat acharné et un premier référendum à trois options en juin 1948, un deuxième référendum en juillet 1948 décida par un vote de 52 % contre 48 % de s'unir avec le Canada.

Rappelons-nous aussi que les Québécois se sont refusés un pays le 30 octobre 1995 par un vote de 50,58% contre 49,42%.  L’écart étant de 54,288 voix avec un taux record de 93,5% des électeurs.  86,501 bulletins ont été rejetés.   Face à un tel résultat, nous pouvons reprendre la célèbre déclaration de René Lévesque du 20 mai 1980 :  “Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de nous dire à la prochaine fois“.  Il n’y a aucune date de péremption pour que le Québec devienne un pays, au grand désespoir des fédéralistes. (B.F. – Le 11 mars 2014)