hda-québec.com
Analyse sociale et politique
   Accueil            10.10.2013 - D'Iznogoud à Iznogoud

D’Iznogoud à Iznogoud

“Calife à la place du calife“, à l’approche du 3 novembre, l’expression créée dans la bande dessinée de  Goscinny et Tabary en 1961 n’a jamais été aussi d’actualité.  Dans toutes les villes petites et grandes, les villages petits et grands du Québec qui vivent une élection, il se trouve un Iznogoud quelconque.  Tous ces Iznogoud nous disent connaître la recette qui fera de la ville ou du village en question une aire de sérénité et un modèle d’une meilleure gestion.

Les magouilles dénoncées à Mascouche, Saint-Rémi, Laval ou Montréal dans les derniers mois, pour ne nommer que les plus médiatisés, font en sorte que la population en général, demeure sceptique et perplexe. Peut-on la blâmer ?  

Il ne se passe pas une journée sans que nous apprenions une nouvelle magouille à Ottawa, Québec, Montréal, Laval ou ailleurs.  Tout ce merveilleux monde politique semble s’être donné le mot pour éloigner encore plus les populations de la scène politique.  Nous sommes confrontés  comme Diogène à chercher l’homme ou la femme qui n’a pas trempé dans une quelconque “combine“.  Ce qui est le plus insultant ou décevant dans tous ces scénarios de corruption, c’est que nous les payons pour nous escroquer.  Nous serions des masochistes…

Jean de La Fontaine en écrivant Les animaux malades de la peste décrivait, à sa manière, les mœurs politiques de son époque.  Force est de reconnaître que quatre siècles plus tard, sa fable est toujours d’actualité. Les noms ont tout simplement changé.  Le lion, le tigre, le renard, l’ours, le loup et même l’âne de la fable s’en lavent les pattes.  Comme il fallait tirer un trait sur tous les crimes commis, c’est ce pauvre âne qui  paie la note.  Dans cette fable, ce sont les moutons qui sont bouffés :  rôle dans la réalité d’aujourd’hui qui est tenu par le simple citoyen que nous sommes.  Et c’est là qu’un Iznogoud des temps modernes attend cette même population dans le détour.  Il veut devenir calife à la place du calife, pour y arriver il peut compter sur la naïveté et la désillusion des citoyens. 

Sauf, si nous relisons le conte des Milles et une nuits, nous apprenons que toutes ces tentatives se soldent irrémédiablement par une catastrophe.  Tout compte fait, ce conte et la fable ne sont pas si décalés de notre réalité.  C’est à se demander si un prochain Iznogoud ne s’inspirera pas du célèbre conte pour leurrer la population.  Rappelons-nous ce que Lavoisier a déjà dit : “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme“, ce phénomène n’est pas seulement vrai au niveau de la physique et de la matière. Son application se retrouve dans notre “merveilleux“ monde la politique : trop de nos apprentis sorciers recyclent les bonnes vieilles façons de faire.  Il n’est pas de notre propos d’identifier les charlatans et les clowns du jour.  Nous pouvons admirer leurs insignifiantes binettes sur les poteaux de nos rues : c’est l’halloween avant l’heure.

En plus de leurs bouilles patibulaires, ces mêmes personnages nous gratifient de leurs promesses creusent, de leurs paroles lénifiantes : encore une fois, la population avale ces sédatifs.  Nous semblons nous complaire dans notre rôle de masochiste.

Pour nous en limiter à notre réalité québécoise, à un René Lévesque qui est toujours présenté et considéré comme un modèle d’intégrité en politique combien de charlatans pollue la scène politique. 

Le 3 novembre prochain, éventuellement le 15 octobre 2015 au niveau fédéral et à une date non encore déterminée au niveau provincial, nous pouvons présumer que le paraître le remportera sur l’être : le règne des bonimenteurs se perpétuera et la population  sera toujours le mouton de la fable. 

Rien ne  se perd, rien ne se crée, tout se transforme : nous sommes à l’ère du recyclage : la désillusion augmente, le taux de participation diminue et la classe politique se demande toujours le pourquoi.    Une prochaine commission d’enquête nous dévoilera, dans quelques années, que ces nouveaux Iznogoud auront été aussi “magouilleurs“ que leurs prédécesseurs.  Une nouvelle génération voudra être calife à la place du calife.  (B.F. – Le 10 octobre 2013/La Voix de l'Est - Le 19 octobre 2013)