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10.04.2009 - La “MRCisation“ (note 1) des services de Santé : un débat à faire 

La communauté locale est, après la famille, le groupe qui permet l’établissement de relations de personne à personne.  Autant la famille remplit un rôle de socialisation de ses membres, autant la communauté se voit attribuer un certain nombre de responsabilités envers ses membres: que l’on pense, entre autres, à la sécurité publique, aux loisirs, à l’habitation, à l’aménagement du territoire, au transport en commun, à la voirie, au tourisme, à la culture, à la protection de l’environnement. La communauté locale représente pour l’individu un groupe de socialisation aussi important que la famille.

Dans ce sens, la dernière réforme du bon docteur Couillard qui sévit actuellement dans le réseau de la santé et des services sociaux et qui devait rapprocher services et populations, n’apporte nullement les résultats escomptés.  Pour une partie importante de la clientèle visée, les améliorations des services qui étaient promis  se  sont transformées en une détérioration des services et des soins.   Pour remédier à cette détérioration, nous devons  valoriser et développer une approche territoriale au niveau des soins de santé et des services sociaux, à tout le moins, pour la population âgée et en perte d’autonomie d’un territoire. Ces services de première ligne répondant aux besoins généraux de la population âgée doivent être initiés, décidés et contrôlés localement, à partir de balises dites nationales.  C’est ce que nous appelons “la MRCisation“ des soins de santé et des services sociaux. 

Depuis trop longtemps, toutes les décisions sont prises bureaucratiquement hors du pouvoir des communautés.  Ces décisions, mur à mur, reflètent très peu la réalité et les besoins des communautés. Au fil des années, il y a eu la décentralisation, la déconcentration, la délégation, la centralisation, les rapprochements administratifs pour finir par les fusions tout azimut : une espèce de concubinage contre-nature décrété par le bon docteur Couillard.    Toutes ces orientations inédites n’ont jamais  répondu aux besoins locaux.  Tout ces  processus ont toujours été définis par des niveaux échappant au pouvoir local.   En bout ligne, c’est Québec, Montréal ou Longueuil qui décide de ce qui devrait être bon pour un territoire local.  Ce qui peut-être satisfaisant pour Longueuil, Valleyfield ou Sorel, n’est pas obligatoirement  la réponse appropriée pour le territoire de la Haute-Yamaska. 

En tenant compte des missions historiques décrites ou sous-entendues par notre système : un hôpital doit répondre à une région donnée et depuis toujours, cette notion de région dépasse largement un territoire de MRC;  les CLSC (centre local de services communautaires)  et les CHSLD (centre d’hébergement de soins de longue durée)  ont toujours eu une mission territoriale, toujours identifiée à un territoire de MRC. 

Missions, responsabilités et rôles très différents, depuis toujours, que la dernière reforme a  ramené à une simplification comptable et administrative au détriment de la qualité des services.  Ce cul-de-sac est observable dans la plupart des régions du Québec, à l’exception de quelques régions éloignées ou ayant de très petites unités administratives.  Une recherche faite dans les années 1990 par André Beaupré (note 2) sous la direction Paul Lamarche de l’Université Laval à Québec a démontré clairement que la seule chose à ne pas faire, c’était justement de procéder à la fusion CH-CLSC-CHSLD. Paul Lamarche, était relativement bien placé pour endosser une telle affirmation, ayant été un des maîtres d’œuvre de la naissance du réseau québécois de la santé et des services sociaux.

Comme le démontre la recherche d’André Beaupré, l’hôpital, qui est un service de deuxième ligne,  de par son importance budgétaire et organisationnelle  écrase à tout coup les services de première ligne que sont les CLSC et les CHSLD.  De plus, l’hôpital par son modèle médical, tout à fait logique, de par sa mission exporte ce modèle aux autres qui ont par définition un modèle social au niveau de l’intervention.

Ce qui fait en bout de ligne que les besoins de la personne âgée sont évalués avec une lorgnette hospitalière et médicale alors que les besoins sont bio-psycho-sociaux.  C’est sans oublier, dans les faits,  une allocation budgétaire qui pénalisent à tout coup les programmes d’hébergement pour les personnes âgées : la démonstration n’est plus à faire.

Un hôpital a pour mission de guérir, le CHSLD a pour mission d’accompagner.  On ne guérit pas le vieillissement, on ne guérit pas la perte d’autonomie : on établit un plan de vie pour pallier à ces pertes et on tente d’établir un nouvel équilibre. Là,  est la mission d’un CHSLD.

C’est évident qu’une “nouvelle réorganisation“ suscitera des remous.  Il est évident que les élus municipaux ne voudront pas d’une telle responsabilité.  Mais il y va de la survie et du mieux-être d’une partie importante de la population des communautés locales.  Déjà, à l’intérieur du mandat des villes et villages, ces derniers interviennent au niveau du logement social, les HLM, ajouter le volet hébergement des personnes âgées  ne ferait que compléter  la mosaïque  des services à offrir à cette population grandissante.  Certaines municipalités le font ou l’ont déjà fait. 

La communauté locale  repose sur la solidarité, l’interdépendance, la proximité de ses membres.  Ces trois éléments ne doivent pas seulement exister comme vague concept théorique, mais nous devons les retrouver dans notre pratique quotidienne.  Les services aux personnes âgées s’inscrivent dans cette réalité qui définit ce qu’est une communauté locale.  Le débat mérite d’être fait. (B.-F. – Le 10 avril 2009)

Note 1 - MRCisation : qui devrait être la responsabilité de la municipalité régionale de comté (MRC).  Une MRC est un regroupement de plusieurs municipalités d’un territoire donné qui intervient dans plusieurs domaines touchant  la vie quotidienne de ses citoyens : plan d’urbanisme, protection du territoire, environnement, etc.  Nous en retrouvons plus ou moins 150 au Québec.

Note 2 – Beaupré, André. Impacts sur la clientèle de l’intégration de centres d’hébergement et de soins de longue durée à des centres hospitaliers.  Université Laval, 1995, (mémoire).