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Analyse sociale et politique
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1.05.2002 - Il y en a qui le font... pourquoi pas nous ?

Rien de sérieux ne peut se faire sans la participation des citoyens.  Nous devons avoir l'humilité de reconnaître que notre façon de  déléguer le pouvoir à nos élus est dépassée, périmée et passée date.  Ce n'est pas parce que nous  le faisons de cette façon depuis des lunes et des lunes qu'il faille prendre pour acquis que ce modèle est éternel.  Nous sommes devenus les experts de la réaction: pas de pylônes dans mon champs, pas de garderies dans mon parc, pas de maisons de transition dans ma rue, pas de tours chez mon voisin, pas ... et pas...  Ce sont les élus que nous avons choisi qui ont pris ces décisions. 

Se peut-il qu'ils ne comprennent rien aux besoins de la population ?  Se peut-il qu'ils encaissent le chèque en blanc que nous leur avons donné ?  Se peut-il qu'il se croient investis d'un pouvoir divin et éternel, suite à la délégation que nous avons bien voulu leur consentir temporairement ?

Que faire face à cette situation ?  Nous continuons à développer notre stratégie de réaction ou bien nous appliquons un nouveau modèle de délégation, de participation et de prise de décision.  Évidemment un nouveau modèle risque de secouer les colonnes du temple, d'être écarté du revers de la main par certains élus et même de provoquer des crises d'apoplexie chez certains dinosaures du pouvoir.  Mais nous pouvons rêver que certains autres élus sauteront sur l'occasion pour appliquer ce nouveau modèle.

Il y en a qui le font, pourquoi pas nous ? Le 18 octobre 1998, quarante et une villes: grandes, moyennes et petites s'engageaient à renouveler leur façon de faire en appliquant la démocratie participative comme modèle de prise de décision dans leur fonctionnement.  Il s'agit d'articuler la participation du citoyen,  à la prise décision et  à l'action des élus exerçant réellement leur fonction de représentation.

Et cette démocratie participative, cette participation du citoyen à la prise de décision des affaires concernant  SA ville ou SON village n'est pas synonyme de démocratie directe, ce n'est pas synonyme d'une assemblée délibérante permanente noyautée par des agitateurs professionnels.  La démocratie participative n'est pas l'anarchie.

La démocratie participative, c'est le droit à tous les citoyens d'un espace collectif de participation démocratique; c'est le droit à l'efficacité des services publics; c'est le droit à la culture; c'est le droit au logement; c'est le droit à un urbanisme harmonieux et durable; c'est le droit à un environnement favorable au bien-être personnel; c'est le droit aux loisirs et aux sports; etc...

La démocratie participative s'assure de mettre en place des mécanismes et  des instruments qui permettront aux citoyens de se réapproprier SA ville ou SON village.

La démocratie participative s'appuie sur l'essence même de la démocratie: c'est de la volonté des citoyens qu'émerge les décisions et non d'un ordre supérieur qui voit à imposer ses décisions.  La démocratie, c'est de bas en haut et non pas de haut en bas. Élémentaire, vous direz, mais nous l'avons oublié depuis fort longtemps, trop longtemps. Tout comme il est faux de prétendre que la somme des intérêts individuels se transforme en intérêt collectif.  C'est ce qui fait en sorte que la confiance que la population porte à ses élus est toujours en fond de cale d'un sondage à l'autre.

Participation et représentation forment un couple indissociable.  Certains élus proposent depuis longtemps la formation d'un comité de quartier, c'est un premier pas vers la participation.  C'est là que le citoyen apprendra à écouter,  à discuter, à négocier et à hiérarchiser ses choix.  C'est aussi là que le citoyen apprendra que ses choix légitimes devront s'harmoniser avec les choix légitimes des autres quartiers et que tous ces choix légitimes serviront à guider la construction de sa ville ou de son village.  Et ce n'est pas la simple addition des choix légitimes qui construira sa ville ou son village:  le citoyen apprendra à intégrer les contraintes des ressources de sa ville ou de son village à la mise en place de ses choix légitimes.

Le comité de quartier est un moyen de démocratie participative, mais il doit y avoir plus.  Certaines villes ou villages ont innové en formant des conférences de citoyens: c'est un panel de citoyens, pouvant être tiré au sort, qui a le temps et les moyens de se construire un jugement sur une question publique importante.  Ce panel de citoyens reçoit l'ensemble de l'information, de l'expertise et de la contre-expertise, il peut procéder à des auditions, interroger les principaux acteurs et des citoyens.  À la fin, ce panel de citoyens soumet son avis.  Alors l'élu a l'obligation, s'il ne suit pas cet avis, de motiver les raisons de son désaccord.

Il y aussi des villes ou des villages qui ont mis en place  des ateliers de travail urbain, où 50-60 citoyens se rencontrent régulièrement, et avec l'aide de professionnels, travaillent à l'aménagement de leur ville ou de leur village.  Une de ces villes a même réussi à réaménager son centre-ville de cette façon.

Le comité de quartier, la conférence de citoyens ou l'atelier de travail urbain ne sont en bout de ligne que quelques moyens, ils doivent faire partie d'un ensemble plus large et articulé,  pour redonner aux citoyens le goût de la participation aux affaires publiques. Et en dernier ressort, c'est le pouvoir de décision de l'élu qui s'enrichit dans un modèle de démocratie participative.

Si des villes comme Barcelone, Bruxelles, Genève, Perpignan, Stockholm, Bordeaux, Saint-Denis et de plus petites villes  ont osé s'engager dans la voie de la démocratie participative, il est où le frein qui empêcherait les villes et les villages de notre territoire à oser la même action.

Finalement, tout le monde est capable de comprendre et d'animer SA ville ou SON village.  Mais c'est aussi évident qu'il faut se donner le temps pour en parler sereinement, pour comprendre comment fonctionne un plan et toutes les avenues d'un dossier technique ou financier.  C'est là,  le rôle des élus: ouvrir les fenêtres de la transparence et d'associer le citoyen au développement  de SA ville ou de SON village.  Osons rêver....  (B.F. - Correctement incorrect - La Nouvelle Revue - Le 1er mai 2002)