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Analyse sociale et politique
   Accueil            08.11.2013 - D'Honoré Mercier à Pauline Marois

D’honoré Mercier à Pauline Marois

S’il n’a pas été pas le premier, il a été sûrement celui qui a prôné le plus vivement la séparation du pouvoir politique et de la religion.  Honoré Mercier, Premier ministre du Québec à la fin du 19e siècle, souhaitait que la politique et la religion soient nettement séparées et défendait  un Québec laïc.  Il souhaitait même que l’éducation relève de l’État et non des communautés religieuses.  Pour ce qui est de la laïcité de l’État, 125 plus tard nous y sommes.  L’actuel projet de loi du gouvernement Marois reprend le flambeau d’Honoré Mercier.  Pour l’éducation, il a fallu attendre les années 1960 pour que le gouvernement libéral de Jean Lesage mette en application les réformes souhaitées par Mercier. 

Durant  cette période de plus d’un siècle, l’Église catholique n’a pas lâché le morceau.  Les attaques contre le Parti libéral ont été incessantes : c’est l’époque où les curés en chair ne se gênaient pas pour déclarer “urbi et orbi“  que le ciel était bleu et que l’enfer était rouge. Nos grands-parents et nos parents ont connu cette noire période où l’Église catholique contrôlait la société et les familles québécoises. L’apothéose ayant été le règne de Maurice Duplessis qui racolait ou se faisait racoler par le Cardinal Villeneuve de Québec.  C’est à ce même Duplessis que nous devons le fameux crucifix à l’Assemble nationale.  Tout comme nous avons appris à la petite école que la colonisation de la Nouvelle-France reposait principalement sur l’évangélisation des “méchants sauvages“ qui torturaient les pauvres missionnaires.  Ce sont deux chapitres de notre Histoire qui nous collent encore à la peau sous la notion de patrimoine historique.

Le Québec, État laïc est une proposition d’Honoré Mercier qui a été, en partie réalisé par Jean Lesage et Paul Guérin-Lajoie avec la création du ministère de l’éducation en 1964 et aussi par la création d’un secteur public de la santé et des services sociaux qui enlevait cette responsabilité aux communautés religieuses.  À ces modifications, il faut ajouter la Loi 118, en 1998, qui abrogeait le statut confessionnel des écoles publiques, primaires et secondaires, du Québec. C’est un certain François Legault, alors ministre de l'Éducation qui estimait à l’époque “qu'on doit tendre, au Québec, vers moins de religions“.

Le Québec, État laïc avec l’actuel projet de loi s’inscrit dans le prolongement d’un Québec en devenir, faut-il s’en surprendre ? Faut-il aussi se rappeler que c’est Honoré Mercier, Premier ministre libéral, qui ne se gênait pas pour rêver à haute voix d’une république indépendante pour le Québec.  C’est aussi Jean Lesage, Premier ministre libéral, qui transforma les Canadiens-Français du temps en Québécois.

Le Québec, État laïc en 2013 ou en 2014, est un pas de plus dans ce long processus mis en marche à la fin du 19e siècle faisant de la société québécoise un État sécularisé et déconfessionnalisé.  Cette réalité s’inscrit dans la continuité de notre Histoire. Le bon docteur Couillard déchire sa chemise bien inutilement.  Si le gouvernement dans lequel il fut ministre avait eu la volonté politique de donner suite à la Commision Bouchard-Taylor, l’actuel gouvernement du Parti québécois n’aurait pas à finir la “job“. 

Il ne faut pas confondre les exigences d’une religion et son intrusion dans la sphère publique. Comme le souligne un lecteur dans un article au journal Le Devoir du 11 septembre dernier : “L’argumentaire de la suprématie d’un dieu a conduit à beaucoup de dérapages dans l'Histoire, dérapages qui se continuent encore de nos jours dans certaines sociétés. L'intégrisme, le dogmatisme et l'obscurantisme ne sont pas loin quand on met en exergue la suprématie d’un dieu, et ce, quelles que soient les religions qui s'en réclament“.

“La sauvegarde de la langue française, l’égalité hommes-femmes et le caractère laïque des institutions sont les assises très honorables d’une laïcité à la québécoise“.  Ce n’est pas le plus grand des Premiers ministres du Parti libéral qui a fait cette déclaration, mais elle a été faite tout de même  par un Premier ministre libéral en 2007. Pour une rare fois, il décrivait la pensée de la majorité de la population québécoise.  (B.F. – Le 8 novembre 2013/La Voix de l'Est - Le 11 novembre 2013, mais les passages en rouge ont été coupés)