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Analyse sociale et politique
   Accueil            06.07.2014 - À droite toute, “remake“ 2014

A droite toute, “remake“ 2014

Le 8 décembre 2003, il y a près de onze ans, j’écrivais un texte À droite toute qui a été publié dans le quotidien La Voix de l’Est, quotidien faisant partie de l’Empire Power Corp. contrôlé par la Famille Desmarais.  À l’époque, c’était le paternel, ce sont maintenant les fils qui tiennent le gouvernail de l’Empire financier milliardaire.  Cet empire est le concurrent de l’Empire Québecor de PKP, maintenant député et aspirant potentiel à la présidence du Parti Québécois.

La ville de Granby, à la même époque, était le territoire conquis d’un maire qui avait comme objectif d’éliminer la dette de la municipalité.  Il a rempli son mandat au prix d’un laisser aller dans la plupart des autres domaines : infrastructures, services à la collectivité.  Les administrations qui ont suivi le règne de ce monsieur devant rattraper les retards dans le développement de la ville. Il était le souverain dans son royaume, c’est ainsi que je le décrivais.  C’était un peu le Louis XV de son époque : après moi le déluge.

Est-ce mieux aujourd’hui ?  Il y a une amélioration. Mais le même monsieur ne se gêne pas pour se rappeler à la mémoire des contribuables.

Je me permets de  reprendre une grande partie de ce texte aujourd’hui.

Notre ancien souverain semble toujours être un partisan de la pensée unique.  Pour lui, le Québec avec ses politiques sociales court à la catastrophe; le taux de syndicalisation outrancier mène le Québec à l'anarchie; les syndicats de la fonction publique vont trop loin; la démocratie est en danger.  Et tutti quanti.  Ça réconforte la grogne et les préjugés légendaires de madame Bernier de la rue Laurier et de monsieur Gingras de la rue Montana.  Si le Souverain le dit, il a sûrement raison.

En soi, notre ancien Souverain reprend le discours, les clichés, l'évangile des ténors patentés de la droite bien-pensante.  Il s'ajoute à la brochette de hauts-parleurs comme le président du Conseil du patronat, comme certains chroniqueurs financiers de la grosse presse et de tous les serviteurs du Capital. 

Les problèmes financiers de l’État viennent des personnes vivant sur l'aide sociale, ce sont les chômeurs qui freinent l'accumulation des profits, les programmes sociaux nuisent à la compétitivité des entreprises, les impôts font fuir les capitaux, les finances publiques sont  dans un état lamentable, mais ce sont les gouvernements de la droite bien-pensance qui nous ont amené au bord du gouffre,  il faut procéder à la "réingénérie" de l'État québécois, le secteur privé doit prendre la relève du secteur public, et surtout, surtout, il faut combattre et si possible abattre les méchants syndicats.  Ce sont eux qui polluent l'atmosphère.   Au fil des années, ces messages savamment orchestrés et amplifiés sont devenus dans l'opinion publique les voix d’une  sagesse et d’une évidence.  Cette propagande insidieuse fait son oeuvre et à l'usure, "Monsieur et Madame Tout-l'Monde" la considèrent comme vérité de l'Évangile.  Ils sont victimes du plus grand canular des derniers siècles.

En soi il n'y à rien de nouveau.  Depuis des lunes,  au nom de la sacro-sainte efficacité financière, il est bien vue de manger de l'État et du syndicat: ce sont les deux mets favoris de notre élite de la droite bien-pensante.  Le moins d’État est le menu du jour.

N'en déplaise à nos gourous du néo-libéralisme en général et à notre ancien Souverain en particulier, l'État est par définition un ensemble de systèmes qui voit à la régulation des rapports humains à l'intérieur d'une société et à la détermination de la qualité de vie.  L'influence de l'État détermine le degré de bien-être de l'homme ainsi que la place qu'il occupe dans la société.  Et pour toutes les personnes qui ont suivi le cours "Socio 101", il y a deux façons de faire:  1) l'État se charge et répare toujours les dégâts de la politique économique globale, en attendant une solution magique supposée venir automatiquement de la croissance constante de l'économie, c'est le rêve du néo-libéralisme à l'américaine; ou 2) l'État doit voir à la réduction et l'élimination éventuelle des inégalités sociale,  à la redistribution des ressources et des possibilités sociales.  Il est évident que la première façon a la cote depuis des lunes. Les défenseurs de la deuxième façon sont catalogués passés date, utopistes ou syndicalistes. Notre ancien souverain rêvaient à l’époque de les exiler à Cuba.

La deuxième façon de voir et de faire les choses demeure la seule et unique avenue, en l'adaptant au troisième millénaire, pour assurer un bien-être à TOUTES les couches de la population.   Ce n'est pas en privatisant tout ce qui bouge, en abolissant les décrets qui régissent les plus démunis ou en diabolisant le monde syndical que nous enrichirons notre patrimoine commun.  Les acquis sociaux sont l’héritage de nos parents et de nos grands-parents.

En terminant, je soulignait à notre ancien Souverain, que dans les  années qui précédaient 2003, c'est au Québec qu'il y avait eu le moins de journées perdues à cause des grèves en Amérique du Nord et que le Québec avait développé, au fil des années,  un modèle unique de concertation syndicale-patronale-État, sous l’impulsion de René Lévesque.  Mais à force de  saper ce modèle à sa base, nous nous dirigeons vers l'anarchie patronale et ça nous l'avons déjà vécu.  Faut-il réécrire l'Histoire ?  Maurice Duplessis est mort en 1959 et Jean Charest s’est fait battre en 2012.

Nous pouvons conclure, en 2014, que le même discours est tenu par d’autres personnes, les noms ont changé tout simplement.  Que les écarts de richesses se creusent ici comme ailleurs.  Que le néo-libéralisme tant vanté n’a rien règlé. Dans dix ou vingt ans, si le Seigneur, le Grand Manitou ou Allah me prêtent vie, j’en arriverais aux mêmes conclusions. 

Et si notre ancien souverain l’a dit, il a raison. C’est inscrit dans l’imaginaire populaire. La pensée unique est devenue la pensée magique.  Rien  ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme disait Lavoisier.  Ça ne fait que confirmer que l’Histoire se répète : les pauvres sont plus pauvres, les riches sont plus riches. Au Canada et au Québec, en particulier, ce n’est pas le tandem Harper-Couillard qui va corriger le tir. Il s’agit de suivre l’actualité pour le constater et  nous en convaincre. Amen.  (B.F. – Le 6 juillet 2014)