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Analyse sociale et politique
   Accueil            05.02.2014 - C'était écrit dans le ciel !?

C’était écrit dans le ciel !?

Mettez ce titre au passé, au présent ou au futur. Il ne faut pas se surprendre de ce qui s’est passé encore une fois à Montréal, où un homme démontrant des problèmes de santé mentale a été abattu par un policier.  Ce type de tragédie survient depuis longtemps.  On ne compte plus ce type d’incident.  Mais cette bévue mortelle était prévisible et il y en aura d’autres.  Tous les gouvernements depuis plus de quarante ans en sont responsables.

Il faut se souvenir qu’au milieu des années 1970, un ministre à imposer la désintitutionnalisation (c’est un des plus longs mots de la langue française, 23 lettres).  Ce même ministre a imposé à une clientèle vulnérable une réintégration forcée dans la société.  Trop de personnes, présentant un quelconque problème de santé mentale, se sont retrouvées la plupart sans préparation et sans suivi à la rue. Combien de centres de réadaptation ont fermé leurs portes ? Et des dizaines, des centaines et des milliers d’individus, enfants et adultes se sont retrouvés sans repères, sans routine, sans un suivi  pour les accompagner dans cette jungle.

Pour avoir travaillé plus de vingt ans auprès de ces clientèles qui exigeaient un encadrement, elles se sont retrouvées dans les rues.  L’hébergement institutionnel était peut-être un héritage du passé à revoir.  Mais la “désin“ comme nous l’appelions à l’époque était, peut-être, une idée géniale en théorie mais farfelue en pratique.   Les enfants d’hier sont devenus les itinérants d’aujourd’hui.  Les Doréa, Butter’s et les autres centres du même type assuraient une éducation et une préparation pour une intégration sociale et au travail harmonieuse.  Qui plus est, un service social assurait un suivi rigoureux tant et aussi longtemps que l’individu n’avait pas démontré une capacité de se prendre en main et même là, il pouvait toujours compter sur une équipe pour le supporter dans son cheminement et les embûches qu’il pouvait rencontrées. 

Foyers de groupe, appartements supervisés, familles d’accueil, ateliers protégés, accompagnement communautaire, intégration au travail et même supervision matrimoniale étaient des services offerts après un séjour de courte ou de longue durée dans un centre de réadaptation pour que l’individu s’intègre à son nouvel environnement. Que ces formules n’aient pas été parfaites, nous pouvons en convenir.  Mais la plupart des individus ayant bénéficié de ce programme GLOBAL ont réussi leur vie et ils sont un actif pour la société. La majorité ont un travail, plusieurs sont mariés et ils ont des enfants.  Ils sont des citoyens comme vous et moi.

Mais en décrétant que la “désin“ était la mode du temps, les problèmes se sont retrouvés ailleurs et depuis aucun gouvernement n’a pu assurer à cette clientèle vulnérable les services requis.  Quarante ans plus tard, il ne faut pas  se surprendre de la centaine de morts qui sont survenus  et cette hécatombe malheureusement n’est pas près de prendre fin.

L’objectif n’est pas de revenir aux milieux fermés, aux asiles d’antan et à une institutionnalisation tous azimuts mais d’établir des services psycho-sociaux pour cette clientèle et même des milieux d’hébergement pour une clientèle encore plus démunie. 

Il n’est jamais trop tard pour reconnaître une erreur et la “désin“ comme elle a été orchestrée dans les années 1970 en a été une montrueuse. Il y a des sites qui ont été abandonnés qui pourraient être utilisés après avoir été rénovés, qui pourraient servir pour quelques expériences novatrices.  Il ne manque que la volonté politique et une vision à long terme: deux éléments assez rares de nos jours, faut-il le reconnaître. (B.F. – Le 5 février 2014)