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Analyse sociale et politique
   Accueil            02.03.2013 - 63 - 22 - 101 - 86 - 14

63 – 22 – 101 – 86 – 14

Ce ne sont pas les chiffres pour l’ouverture de votre cadenas à numéros ou de votre coffre-fort.  Ce sont tout simplement les numéros des lois qui souhaitaient assurer le caractère francophone du Québec.  D’une loi à l’autre, le visage français du Québec s’est affirmé.  D’une loi à l’autre, les anglophones se sont sentis menacés et le Québec a vécu des périodes de turbulences linguistiques.  Et pourtant…

Rappelons-nous qu’il y a plus ou moins 607,000 anglophones au Québec et plus ou moins 562,000 francophones en Ontario.  Ces deux communautés vivent des réalités qui sont très différentes.  Rappelons-nous que les 6,5 millions de francophones québécois sont entourés de 340 millions d’anglophones dans leur cour arrière.  Alors…

L’actuel débat sur la Loi 14,  c’est du déjà vue : l’argumentaire anglophone est connu.  Il s’agit tout simplement de changer les dates, le numéro de la Loi et les noms de quelques “snipers“ qui déchirent leurs chemises.  Rien de nouveau sous le soleil, la routine quoi.

Tant pour les francophones que pour nos concitoyens anglophones, est-il bon de rappeler que le Canada bilingue est une fiction. Le bilinguisme canadien est pour la belle image du Canada sur le plan international et pour faire échec au séparatisme. Malgré les enseignements des recensements, on tente de maintenir l'illusion de l'égalité linguistique pour perpétuer la fiction d’un Canada bilingue. L'unilinguisme anglais progresse au Canada, l'unilinguisme français régresse au Québec; le bilinguisme progresse au Québec et stagne de façon générale dans le reste du Canada. Et si un certain bilinguisme progresse au Canada anglais, ce gain est attribuable, en très grande partie, par le départ de franco-québécois vers les autres provinces.

Rappelons-nous la déclaration faite par André Laurendeau le 18 août 1965 alors qu’il coprésidait la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme : "... l'expérience qui nous a été transmise jusqu'ici au Canada que paraissent confirmer les exemples belges et suisses,  établit que le bilinguisme ne saurait vivre que s'il s'appuie sur des unilinguismes, sans quoi le bilinguisme est une situation transitoire qui aboutit à l'unilinguisme du plus fort et du plus nombreux".  Le pays bilingue de Trudeau est resté une vue de l'esprit.  Le Québec est la seule province où l'usage des deux langues est répandu, naturel, normal.

Dans ce combat de David contre Goliath, le gouvernement du Québec est le seul qui peut  préserver l'usage du Français dans notre vie économique et sociale.  Et même là, certains partis politiques pouvant nous gouverner n’y voient pas la même urgence.  À travers ces interminables débats, nos concitoyens anglophones jouiront de leurs universités, de leurs journaux, de leurs hôpitaux.  Ils pourront écouter leurs stations de radio et regarder la télévision en anglais.  Si demain, je m’expatrie dans un village de la Saskatchewan, il est loin d’être assuré que j’aurai les mêmes avantages.  Un Canada bilingue, disions-nous… pour les dépliants touristiques. 

Si demain, j’émigre en Suède ou en Mongolie, je me mettrai au Suédois ou au Khalkha si je veux vivre une intégration réussie.  Tout comme la famille McCormarck de Moose Jaw devrait se mettre au français si elle s’établit à Saint-Vallier de Thiey dans les Alpes-Maritimes en France pour vivre en harmonie avec son nouvel environnement. Cette évidence semble être difficilement  compréhensible à certains de nos concitoyens lorsqu’on doit l’appliquer au Québec. 

Tant que le Québec restera une province canadienne, les flux migratoires affaibliront la prédominance du Français.  Tant et aussi longtemps que les Québécois seront ambivalents quant à leur statut politique, ils devront porter le fardeau d'un destin incertain.  Souvenons-nous des Gaulois... assimilés, plus de sons, plus d'images... fin des émissions. (B.F. – Le 2 mars 2013/La Voix de l'Est - Le 14 mars 2013)